Une annonce de garde qui mentionne un chien, deux chats et un poulailler, et voilà le doute qui s'installe : est-ce que je vais y arriver ? La question revient souvent chez les homesitters qui débutent, et elle se trompe de cible. Ce qui rend une garde à plusieurs animaux exigeante, ce n'est presque jamais un animal en particulier. C'est le nombre de choses à ne pas oublier.
La bonne nouvelle, c'est que cela ne se règle pas avec des compétences de vétérinaire. Cela se règle avec de l'organisation, et avec trois ou quatre informations à obtenir du propriétaire avant qu'il ne parte.
Ce n'est pas une multiplication, c'est une organisation
Quatre animaux ne demandent pas proportionnellement plus de temps qu'un seul. Ils demandent un ordre. Une maison où chacun mange au même moment, sort au même moment et reçoit son attention au même moment tourne toute seule au bout de quelques jours. Une maison où l'on improvise chaque repas devient épuisante dès le premier soir, même avec un seul chien.
Deux points fixes tiennent la journée entière : les repas et les sorties. Tout le reste se cale dessus. Le matin, on ouvre, on nourrit dans l'ordre habituel de la maison, on sort le chien, on vérifie l'eau partout. Le soir, on refait la même chose dans le même ordre. Entre les deux, la maison vit, et vous avec elle.
Chacun son espace, chacun sa gamelle
Un propriétaire qui vit avec plusieurs animaux a déjà réglé la question, souvent depuis des années : le chat qui mange en hauteur parce que le chien vide les gamelles, la chatte âgée qui a sa pièce à elle, le chien qu'on nourrit après la promenade et pas avant. Ces arrangements ne sont pas des lubies, ce sont des équilibres construits par tâtonnements.
Votre rôle n'est pas de les réinventer, c'est de les reconduire. C'est une des règles les plus utiles d'une garde multi-animaux, et elle s'oublie facilement par excès de bonne volonté. Un gardien qui décide de rapprocher les gamelles pour simplifier son service, ou d'ouvrir une porte que la maison gardait fermée, ne simplifie rien : il défait un équilibre qu'il n'a pas vu se construire, sans savoir ce que cet équilibre évitait.
Si un arrangement vous paraît étrange, demandez pourquoi plutôt que de le corriger. La réponse est souvent instructive. Nos pages sur la garde de chien à domicile et la garde de chat à domicile disent ce que chacune de ces deux formules recouvre, vue du côté du propriétaire.
Ce qu'il faut demander avant que le propriétaire parte
C'est ici que se joue la différence entre une garde sereine et une garde à l'aveugle. Le livre de maison couvre déjà l'essentiel, mais une maison à plusieurs animaux demande quelques lignes de plus.
Où sont rangées les cartes d'identification. En France, l'identification des chiens, des chats et des furets est une obligation légale, et c'est elle qui permet de rendre un animal perdu à son détenteur. Le numéro de puce ou de tatouage est inscrit sur la carte d'identification de chaque animal, et sans lui aucune déclaration de perte ne peut être enregistrée. Vous n'avez pas à recopier ces numéros : demandez simplement où les cartes sont rangées, pour pouvoir les retrouver en deux minutes. À défaut, le vétérinaire de l'animal peut fournir le numéro.
Le vétérinaire habituel, et le vétérinaire de garde. Deux numéros distincts, pas un seul. Le premier connaît les animaux et leur histoire, le second est celui qu'on appelle un dimanche.
Un voisin relais. Quelqu'un du village ou de la rue qui connaît la maison, sait où passe le portail et peut venir donner un coup de main. Sur une garde à plusieurs animaux, ce contact compte autant que les deux numéros de vétérinaire.
Les particularités de chacun. Le traitement en cours, l'animal qui a peur de l'orage, celui qui ne doit pas sortir, celui qui fugue. Demandez-le explicitement : un propriétaire ne pense pas toujours à mentionner ce qui lui semble évident.
Quand ça déraille : trois réflexes, et surtout un numéro
Sur une garde longue, un imprévu peut survenir. Ce n'est pas un échec, c'est la vie d'une maison. Ce qui compte est de savoir vers qui se tourner, et de le savoir avant d'en avoir besoin.
Un animal ne mange pas, ou change de comportement. Ne cherchez pas à savoir si c'est grave : ce n'est pas votre métier, et le risque n'est pas de déranger pour rien, il est d'attendre. Prévenez le propriétaire au moindre doute, avant tout le reste : c'est l'engagement que vous prenez en acceptant la charte de confiance, et il connaît son animal mieux que vous, ce qui vous alarme étant parfois une habitude ancienne. Appelez ensuite le vétérinaire habituel et décrivez ce que vous voyez : c'est à lui de dire si cela peut attendre demain. Si le propriétaire reste injoignable, n'attendez pas pour appeler : demander un avis n'engage aucune dépense. Hors urgence vitale, en revanche, aucun soin ne se décide sans l'accord du propriétaire ; la charte l'engage de son côté à payer les frais vétérinaires de ses animaux.
Un animal a fugué. Prévenez le propriétaire sans attendre et transmettez-lui le numéro d'identification, l'heure et le lieu de la disparition : c'est lui qui peut déclarer l'animal perdu depuis son espace détenteur du fichier national d'identification des carnivores domestiques, dont la page détaille les étapes, la connexion demandant un mot de passe que vous n'avez pas. Les vétérinaires, les refuges et les fourrières consultent ce fichier. De votre côté, faites le tour du quartier et des lieux que l'animal connaît, prévenez le vétérinaire habituel et les voisins immédiats, et multipliez les annonces : l'I-CAD renvoie vers les groupes Facebook Filalapat de chaque département, dédiés aux animaux identifiés perdus ou trouvés.
Une urgence vitale. Certains signes n'attendent pas et ne vous demandent pas de trancher : détresse respiratoire, animal qui titube ou s'effondre, suspicion de coup de chaleur. Appelez, tout de suite, et prévenez le propriétaire dans la foulée ; s'il faut sortir l'animal du domicile, son accord est nécessaire. Si le vétérinaire habituel n'est pas joignable, le 3115 Urgences Vétérinaires oriente vers un praticien de garde. Notre article sur les animaux et la chaleur détaille les gestes qui précèdent l'arrivée chez le vétérinaire.
Les poules, le cheval, et tout ce qui n'est pas un chien ou un chat
Les gardes rurales apportent souvent une basse-cour, parfois un cheval au pré. Ce sont rarement des animaux difficiles, mais ils obéissent à d'autres règles, et le gardien débutant ne les connaît pas toujours.
Une basse-cour, ça se ferme le soir. C'est le geste qui compte, avant même l'eau et le grain. Demandez au propriétaire l'heure habituelle de fermeture et tenez-la.
Un point à connaître, sans en faire une affaire : si vous trouvez une poule morte, prévenez le propriétaire plutôt que de régler ça vous-même. Les basses-cours familiales relèvent d'un recensement organisé dans le cadre de la surveillance des maladies animales, et leur détenteur doit signaler toute mortalité. C'est à lui de le faire, pas à vous.
Un cheval au pré se regarde tous les jours. Non pour le monter ni pour le soigner, mais pour vérifier l'eau, la clôture et l'allure générale de l'animal. Si la garde en comporte un, l'Institut français du cheval et de l'équitation, établissement public, publie une fiche sur la surveillance des équidés au pâturage. Une garde avec équidés se prépare avant de candidater, pas en arrivant.
Soyons honnêtes : plus de présence, pas plus de compétence
Une maison à plusieurs animaux demande d'être là. Les journées entières à l'extérieur deviennent compliquées, les grasses matinées aussi, et il faut accepter que le rythme de la maison passe devant le vôtre pendant quelques jours. Ce n'est pas plus difficile qu'une garde ordinaire, c'est plus prenant.
En revanche, cela ne demande aucune compétence particulière, sauf sur un point : les espèces que vous ne connaissez pas. Si vous n'avez jamais approché un cheval, une garde avec cheval n'est pas le bon endroit pour apprendre. Dites-le au moment de la candidature, pas le troisième jour. Beaucoup de propriétaires préfèrent un gardien qui annonce ses limites à un gardien qui les découvre en leur absence. Et sur des annonces moins demandées, comme celles de l'arrière-pays, cette franchise vous distingue plutôt qu'elle ne vous dessert.
Questions fréquentes
Il n'y a pas de seuil universel, et le nombre n'est pas le bon critère. Une maison avec quatre animaux autonomes et une routine bien rodée est plus simple qu'une maison avec deux animaux dont l'un suit un traitement et l'autre ne supporte pas la solitude. Regardez les contraintes plutôt que les têtes : combien de sorties par jour, combien de traitements, combien d'animaux qui ne peuvent pas rester seuls.
D'abord, vérifiez que vous n'avez rien changé à leurs habitudes : gamelles déplacées, porte ouverte qui restait fermée, ordre des repas modifié. C'est une cause fréquente, et elle se corrige en revenant en arrière. Si la tension persiste, séparez-les dans deux pièces et appelez le propriétaire : il connaît l'histoire de ses animaux et saura si la situation est habituelle.
Ce n'est pas à vous d'en décider, et c'est une bonne nouvelle : cela vous enlève la charge du diagnostic. Prévenez le propriétaire, puis appelez le vétérinaire habituel, décrivez ce que vous observez et laissez-le trancher. Hors urgence vitale, aucun soin ne s'engage au nom du propriétaire sans son accord : c'est une raison de plus de le prévenir d'abord, et la charte de confiance l'engage de son côté à payer les frais vétérinaires de ses animaux. Une inquiétude signalée pour rien ne porte pas à conséquence, une attente de trop peut coûter cher.
Pour une basse-cour, non : ouvrir, fermer, nourrir et surveiller s'apprend vite, souvent en une démonstration du propriétaire. Pour un cheval, oui : la surveillance quotidienne d'un équidé au pré suppose de savoir reconnaître ce qui est normal chez lui. Dans les deux cas, dites votre niveau réel dans votre message de candidature. C'est ce qui permet au propriétaire de vous préparer, ou de choisir quelqu'un d'autre, et les deux issues valent mieux qu'une mauvaise surprise.
Une maison à plusieurs animaux, c'est une maison qui vit
C'est souvent pour cela qu'un propriétaire de plusieurs animaux cherche un gardien plutôt qu'une pension : parce que déplacer quatre animaux est une épreuve, et parce qu'une maison pleine d'habitudes ne se transporte pas. Vous n'arrivez pas pour gérer un effectif. Vous arrivez pour que rien ne change pendant quelques jours, et c'est exactement ce qu'on vous demande.
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